Manger trop peu : pourquoi le problème n’est presque jamais la quantité

Date19 JUIL 2026 | POIDS | rédigé par Sophie Rodriguez

Sophie Rodriguez

Naturopathe spécialisée en fertilité et troubles hormonaux
Cabinet à Lyon et consultations en ligne

+600 femmes accompagnées depuis 7 ans

Formée et certifiée à l’école Euronature
Référencée par la Fédération Française de Naturopathie

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

Sommaire
2
3
Femme d'une quarantaine d'années assise à sa table, devant une assiette légère, le regard songeur, comme beaucoup de celles qui pensent manger trop peu

Manger trop peu ralentit la dépense énergétique de l’organisme : c’est ce qu’on appelle l’adaptation métabolique. Ce ralentissement existe, il est mesuré, et il pèse en moyenne 54 kilocalories par jour chez des femmes en surpoids qui viennent de perdre du poids (American Journal of Clinical Nutrition, 2020, sources en fin d’article). Un an plus tard, il a disparu.

Vous, pendant ce temps, vous mangez de moins en moins. Vous avez supprimé le pain, puis le fromage, puis le dîner certains soirs. Et rien ne bouge. « Sincèrement, avec tout ce que je fais déjà, et rien ne bouge. Je ne sais plus quoi faire. » C’est la phrase que j’entends le plus souvent en cabinet, et elle arrive presque toujours avec de la fatigue et un peu de colère.

Cet article ne vous dira pas de manger plus. Il va vous montrer ce que je regarde à la place, et pourquoi, sur dix femmes qui me disent manger trop peu, deux mangent réellement trop peu.

Manger trop peu : ce qui est vrai, et ce qui ne l’est pas

  • « Mon métabolisme est cassé. » Non. Le ralentissement pèse environ 50 kilocalories par jour, et s’efface en un an.
  • « Le métabolisme ralentit avec l’âge. » Pas avant 60 ans. De 20 à 60, il ne bouge pas. Ce qui part, c’est le muscle.
  • « Je ne mange presque rien. » Vrai pour 2 femmes sur 10. Les 8 autres ne mentent pas : elles ne comptent pas les mêmes choses que moi.
  • « Ma prise de sang est normale. » Souvent. La TSH est le marqueur qui ne bouge pas. C’est la T3 qui baisse.
  • « Il faut manger plus pour maigrir. » Je ne le conseille pas, et j’ai changé d’avis là-dessus.
  • Quand la restriction est réelle, le prix se lit sur le cycle et la ferritine, jamais sur la balance.

Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation. En cas de doute, votre médecin, qui connaît votre histoire et vos antécédents, reste votre premier interlocuteur.

Le métabolisme ralentit vraiment, mais bien moins qu’on ne le dit

L’adaptation métabolique désigne la baisse de dépense énergétique qui suit une restriction alimentaire, au-delà de ce que la perte de poids explique à elle seule. Tout le monde en parle. Personne ne donne le chiffre.

Alors le voici. Une équipe a suivi 171 femmes en surpoids, âge moyen 35 ans, après une perte de poids. En moyenne, l’adaptation métabolique mesurée était de 54 kilocalories par jour. Or un an plus tard, elle n’était plus détectable. Deux ans plus tard non plus. Et elle ne prédisait en rien la reprise de poids (American Journal of Clinical Nutrition, 2020, sources en fin d’article).

Cinquante kilocalories. Voilà le fameux métabolisme cassé.

On vous a sans doute cité l’autre étude, celle des candidats d’un jeu télévisé américain, dont la dépense au repos restait effondrée de près de 500 kilocalories par jour, six ans après l’émission. Elle est réelle. Cela dit, elle porte sur quatorze personnes en obésité sévère, qui avaient perdu plus de quarante kilos en trente semaines sous entraînement intensif (Obesity, 2016, sources en fin d’article). Autrement dit, cela ne ressemble à aucune femme que je reçois.

Le ralentissement existe donc, mais il est modeste, transitoire, et il ne bloque rien. Reste une question que personne ne pose : et l’âge ?

Le métabolisme ne ralentit pas avec l’âge

C’est la croyance la plus répandue de toute la santé féminine, et l’une des plus fausses. On la sert à toutes les femmes qui passent quarante ans, comme une fatalité contre laquelle il faudrait manger toujours moins. Or les données disent l’inverse, et elles sont massives.

Ce que mesure la plus grande étude jamais réalisée sur la dépense énergétique

En 2021, une équipe internationale a rassemblé les mesures de dépense énergétique totale de 6 421 personnes, dans 29 pays, de huit jours à 95 ans. La méthode utilisée, l’eau doublement marquée, est la plus fiable dont nous disposions : elle mesure la dépense réelle, pas une estimation.

Le résultat tient en une ligne. Une fois ajustée sur la masse maigre, la dépense énergétique reste stable de 20 à 60 ans. Grossesse comprise. Elle ne commence à décliner qu’après 60 ans (Science, 2021, sources en fin d’article).

Autrement dit, votre organisme de 46 ans ne brûle pas moins que celui de vos 26 ans. À composition corporelle identique, il brûle exactement pareil.

Assiette composée de protéines, de légumes colorés et de bonnes graisses, ce que je revois chez les femmes qui pensent manger trop peu
Le volume de l’assiette compte moins que ce qu’elle contient.

Ce qui baisse avec les années, c’est la masse musculaire

Alors pourquoi tout change, entre 30 et 50 ans ? Parce que la masse maigre, elle, s’en va. Le muscle fond, doucement, année après année, surtout quand on ne le sollicite plus. Et la dépense suit la masse maigre, pas l’âge inscrit sur la carte d’identité.

Le muscle est le tissu le plus dépensier de l’organisme, même au repos. Moins de muscle, c’est donc moins de dépense, pour une raison purement mécanique : il reste moins de tissu à nourrir. Ce n’est pas la machine qui s’use, c’est la masse active qui diminue.

Quand une femme de 45 ans me dit qu’elle brûle moins qu’avant, je la corrige : à masse musculaire égale, son métabolisme est intact. Ce qu’elle a perdu, ce ne sont pas des calories brûlées, c’est du muscle. Et ça, ça se reconstruit.sophie rodriguez, naturopathe spécialisée en santé hormonale féminine

Cette nuance déplace le levier, et c’est ce qui la rend précieuse. Contre l’âge, vous ne pouvez rien. Contre la fonte du muscle, vous pouvez presque tout, et j’y reviens plus bas.

Reste maintenant la question la plus délicate de cet article. Celle que je dois poser avec précaution, parce qu’elle a été utilisée pour culpabiliser des générations de femmes.

Sur dix femmes qui me disent ça, deux mangent réellement trop peu

Voilà ce que j’observe après sept ans et plus de 700 femmes accompagnées. Sur dix femmes qui s’assoient en face de moi et me disent « je ne mange presque rien », deux mangent effectivement trop peu. Les huit autres mangent davantage qu’elles ne le pensent.

Avant d’aller plus loin, je veux être très claire, parce que cette phrase a été utilisée comme une arme, et souvent par des soignants. Elles ne mentent pas. Elles ne se cachent rien. Elles ne se gavent pas en secret. Ce qu’elles me décrivent est exact, et leurs repas sont sobres, parfois trop. Le problème n’est pas leur sincérité. Il est ailleurs, et il est presque universel.

Les huit : ces apports qu’on ne compte jamais

Il existe dans nos têtes un compte « repas », et un compte invisible où vont toutes les choses qui n’en sont pas vraiment. Goûter la sauce en cuisinant n’est pas un repas. Une poignée d’amandes est un aliment sain, donc elle ne compte pas. Trois noisettes à la fin du déjeuner ne sont pas une portion. Un carré de chocolat n’est pas un dessert.

Chacun de ces gestes est minuscule. Additionnés sur une journée, puis sur une semaine, ils cessent de l’être. Et personne ne les additionne, parce qu’ils ont été rangés dans la catégorie « ça ne compte pas ».

Ce phénomène est documenté depuis longtemps. Une étude a mesuré, par eau doublement marquée, ce que mangeaient réellement des personnes se déclarant résistantes à tout régime. Leur dépense énergétique était normale : le métabolisme lent a été écarté. En revanche, elles sous-estimaient leurs apports de près de moitié, et surestimaient leur activité physique dans les mêmes proportions (New England Journal of Medicine, 1992, sources en fin d’article). L’étude est ancienne, elle porte sur dix personnes, et je ne la transpose pas telle quelle. Mais l’ordre de grandeur, lui, je le vois tous les jours.

Et j’ajoute une observation que les articles sur le sujet ne font jamais : ces femmes-là ne bougent pas. Trente minutes de marche par jour, vécues comme un effort suffisant, et aucune activité sportive. C’est là, bien plus que dans l’assiette, que se joue leur affaire.

Les deux : le contrôle, l’endurance, et une phrase qui m’alerte

Les deux autres existent, et je les reconnais vite. Elles sont dans la maîtrise. Elles tiennent l’effort, elles ne craquent pas, elles ont souvent une pratique sportive régulière. Et elles disent toutes la même chose.

« Je ne grignote jamais entre les repas. »Hélène, 43 ans

Cette phrase, dite avec fierté, m’alerte plus que n’importe quel chiffre. Elle raconte un rapport à la nourriture entièrement gouverné par le contrôle, et un corps qui ne demande plus rien parce qu’il a cessé de réclamer. Chez ces femmes-là, la restriction est réelle. Et ce qu’elle abîme ne se voit pas sur la balance.

Ce que manger trop peu dérègle vraiment, et qui échappe à la balance

Manger trop peu pendant des mois a un coût, et l’organisme le paie. Simplement, il ne paie pas là où elle regarde. Elle surveille son poids, et pendant ce temps, trois choses se dérèglent en silence.

La T3 baisse, et le bilan habituel ne la voit pas

La T3 est l’hormone thyroïdienne active, celle qui parle réellement à vos cellules. Pour comprendre ce qui la fait chuter, une étude a comparé sur douze mois deux groupes ayant perdu autant de masse grasse : le premier par restriction alimentaire, le second par l’exercice. Dans le groupe restriction, la T3 circulante a chuté. En revanche, dans le groupe exercice, elle n’a pas bougé. Et la TSH comme la T4 libre sont restées inchangées dans les deux (Rejuvenation Research, 2008, sources en fin d’article).

Ce résultat est presque trop propre pour être vrai. Concrètement, à perte de gras égale, ce qui met la thyroïde en veilleuse, c’est le manque de nourriture, pas l’amaigrissement. D’ailleurs, d’autres travaux plus anciens montrent qu’une alimentation à 1 200 kilocalories par jour peut faire baisser la T3 jusqu’à 40 %. (International Journal of Obesity, 1990, sources en fin d’article).

Ce que le bilan standard dose Ce qu’il montre quand une femme se restreint
TSH Normale. C’est le marqueur qui bouge le moins.
T4 libre Normale. Elle n’est pas le maillon qui cède.
T3 libre Elle baisse. Elle est rarement demandée.
Ferritine Souvent très basse, même sans anémie..
Longueur du cycle Aucune prise de sang ne la mesure.
Ce tableau oriente, il ne diagnostique pas. Les examens se décident avec votre médecin, qui vous connaît.

Vous comprenez maintenant la scène qui se rejoue dans mon cabinet chaque semaine. Une femme frileuse, épuisée, constipée, dont les cheveux tombent, arrive avec une TSH parfaitement normale et un médecin qui lui dit que tout va bien. Il a raison sur le chiffre : ici, la TSH ne bouge pas, c’est la T3 qui a cédé. Le tableau change complètement quand une TSH franchement haute s’accompagne de kilos qui ne partent pas, sans la moindre restriction alimentaire derrière.

Le cycle se raccourcit avant que le poids ne bouge

La disponibilité énergétique désigne ce qu’il reste d’énergie pour faire tourner votre organisme, une fois l’activité physique déduite. Quand elle descend trop bas, le cerveau ralentit les impulsions qui commandent l’ovulation.

On croit souvent que cela concerne les sportives de haut niveau. Pas seulement. Un essai a suivi des femmes sédentaires ordinaires, mises pendant trois mois en léger déficit avec un peu d’exercice, exactement ce que fait n’importe quelle femme qui veut perdre du poids. Cela a suffi à ralentir la fréquence des impulsions hormonales et à provoquer des défauts de phase lutéale (Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, 2020, sources en fin d’article).

Concrètement : votre cycle se raccourcit, votre deuxième moitié de cycle se fragilise, et vos règles deviennent plus abondantes. Vous, vous surveillez la balance. Le corps, lui, a déjà envoyé son signal ailleurs. Si votre syndrome prémenstruel s’est aggravé ces derniers mois, c’est souvent le premier endroit où ça se voit.

Le fer, l’oublié de toute cette histoire

Voilà le maillon que je trouve le plus souvent, et celui dont personne ne parle. L’enzyme qui fabrique vos hormones thyroïdiennes, la thyroperoxydase, a besoin de fer pour fonctionner. Sans fer, elle tourne au ralenti. La biochimie est claire, et les travaux chez l’animal la confirment (Journal of Nutrition, 2002, sources en fin d’article).

Chez l’humain, en revanche, je dois être honnête avec vous : la méta-analyse la plus récente conclut que les données restent hétérogènes et ne permettent pas de trancher. Ce que je vous dis maintenant relève donc de mon observation, pas d’un consensus. Quand je remonte une ferritine effondrée, la T3 remonte avec elle. Je l’ai vu trop de fois pour l’attribuer au hasard.

Et une femme qui mange peu de viande, avec des règles abondantes qui vident ses réserves de fer chaque mois, cumule les deux bouts du problème.

Pour autant, une précision, ici, parce qu’elle compte. Je ne pose pas de diagnostic, et je ne lis jamais un bilan à la place d’un médecin. Mon travail, c’est l’optimisation du terrain. Dès lors, qu’une femme m’apporte des analyses, ma première question est toujours la même : est-ce que votre médecin les a vues ? Car ce qui suit n’a de sens que parce que Pascaline était suivie, et que chaque décision médicale est restée la sienne.

Pascaline, 41 ans : ce que ses analyses racontaient

Pascaline est arrivée en me disant qu’elle ne mangeait presque rien. Elle avait 41 ans, mesurait 1,65 mètre et pesait 70 kilos. Elle mangeait très peu de viande, beaucoup de légumes, souffrait de douleurs digestives permanentes, son cycle s’était raccourci à 23 jours, avec des règles très abondantes pour lesquelles elle était suivie médicalement .

Ce que son bilan montrait

Ses chiffres d’arrivée, avec leurs unités :

  • TSH : 3,5 mUI/L. Normale et sur ce seul chiffre, tout allait bien.
  • T4 libre : 17 pmol/L. Normale.
  • T3 libre : 2,5 pmol/L. Basse.
  • Ferritine : 5 µg/L, sans anémie. Effondrée.
  • HOMA-IR : 4,4. Bien au-dessus de la zone 2,4 à 3,5 qui marque le début d’une insulinorésistance.

Une thyroïde qui fonctionne au ralenti sans qu’aucun marqueur standard ne le montre, des réserves de fer épuisées, et une insuline qui a pris le contrôle.

Ce qu’on a travaillé, et dans quel ordre

La supplémenter en fer sans toucher à ses règles n’aurait servi à rien. On peut remplir un évier sans relâche : tant que la bonde n’est pas remise, il se vide aussi vite. Son médecin avait bien repéré la carence et lui avait conseillé de renforcer son alimentation. Mais sur une ferritine à ce niveau, avec des règles qui vidaient ses réserves chaque mois, l’assiette seule ne pouvait pas suffire : il fallait à la fois remonter le fer et tarir la fuite. Nous avons donc commencé par le bas.

Pendant quatre cycles, nous avons soutenu son ovulation et sa phase lutéale. Ses saignements ont diminué, et son cycle est passé de 23 à 26 jours. En parallèle, un fer bien assimilé sous forme de bisglycinate pendant trois mois, avec un vrai retour de la viande de qualité dans l’assiette. Puis nous avons remonté les protéines et renforcer la masse musculaire : une séance par semaine le premier mois, deux le deuxième, trois à partir du troisième. Beaucoup plus de marche, aussi.

À quatre mois, ses chiffres :

  • TSH : 2,5 mUI/L (contre 3,5).
  • T3 libre : 3,5 pmol/L (contre 2,5).
  • T4 libre : 17 pmol/L. Inchangée, et c’est logique : elle n’avait jamais été le problème.
  • Ferritine : 55 µg/L (contre 5).
  • HOMA-IR : 2,9 (contre 4,4).

Côté poids : elle a d’abord pris un kilo pendant les deux premiers mois. Elle est passée de 70 à 71 kilos, et elle a failli tout arrêter. Puis elle a perdu deux kilos par mois pendant trois mois, pour finir à 65. Cinq kilos de moins qu’au départ, sans avoir jamais compté une calorie.

Et ce qui n’a pas bougé, parce qu’il faut le dire aussi. Son cycle s’est arrêté à 26 jours, il n’est pas revenu à 28. Ses douleurs digestives se sont atténuées sans disparaître. Et surtout, son HOMA-IR à 2,9 reste dans la zone de début d’insulinorésistance : son insuline n’a pas fini son travail, et nous non plus.

Ce que je refuse de dire, et ce que je regarde à la place

Partout, on vous dit que manger trop peu vous empêche de maigrir, et qu’il suffirait donc de manger plus. C’est devenu le réflexe de toute ma profession, et je ne le partage plus.

Le revirement : j’ai longtemps conseillé de manger davantage

Pendant des années, j’ai fait comme tout le monde. Une femme me disait qu’elle mangeait trop peu, je lui demandais d’augmenter les quantités à chaque repas. C’était logique, c’était ce qu’on m’avait enseigné, et c’était ce que répétait chaque article que je lisais.

Ça ne marchait pas. Pas chez les femmes en surpoids, même léger, qui sont l’immense majorité de celles que je reçois. J’ai fini par arrêter.

Manger plus ne fait pas maigrir. Je ne vends pas ça. Manger assez rend capable de tenir la seule chose qui fonctionne vraiment : la durée.sophie rodriguez, naturopathe spécialisée en santé hormonale féminine

Ce revirement m’a coûté quelques certitudes, et je le raconte volontiers, parce qu’il me sépare nettement de ce que vous lirez ailleurs.

La composition avant la quantité

Ce que je revois, chez presque toutes, c’est la densité de l’assiette. Pas son volume. Une assiette de légumes vapeur et de riz blanc remplit l’estomac et ne nourrit à peu près rien : pas de protéines, pas de fer disponible, pas de matières grasses pour absorber ce qui doit l’être.

Alors je remonte les protéines, je remets du fer héminique, je réintroduis du gras utile. Souvent, le volume total ne change pas. Ce qui change, c’est ce qu’il y a dedans. Et cette lecture rejoint largement celle que je fais quand il s’agit de maigrir avec un SOPK, où la composition prime toujours sur le comptage.

Femme d'une quarantaine d'années en séance de renforcement musculaire avec un haltère léger, lumière naturelle
Le muscle ne fait pas brûler beaucoup plus au repos. Il capte le sucre, et c’est là que tout se joue.

Le muscle, et ce qu’il fait vraiment

On vous dira que le muscle « booste le métabolisme ». C’est vrai, et c’est négligeable : un kilo de muscle consomme environ 13 kilocalories par jour au repos. Gagner deux kilos vous rapporte donc l’équivalent d’une demi-pomme. Ce n’est pas là que ça se joue.

Le muscle fait bien plus important. Il capte environ 80 % du glucose mobilisé par l’insuline après un repas (Diabetes Care, 2009, sources en fin d’article). C’est le principal endroit où votre sucre va. Un muscle rare et jamais sollicité, c’est une porte fermée : le glucose reste dans le sang, l’insuline grimpe pour forcer le passage, et l’insuline haute stocke.

Voilà pourquoi je fais bouger des femmes qui viennent me voir pour leur assiette. Le renforcement musculaire ne vous fait pas brûler davantage au repos. Il rouvre la porte.

Quand ce n’est plus une question de poids

Il y a des situations où tout ce que je viens d’écrire ne s’applique pas, et où je m’arrête.

Si vous n’avez plus de règles depuis plusieurs mois, que la nourriture occupe vos pensées du matin au soir. Si vous alternez restriction et perte de contrôle, puis culpabilité et que vous vous cachez pour manger, ou pour ne pas manger. Ce ne sont pas des questions de poids, et je ne les traite pas comme telles.

Je n’accompagne pas un trouble du comportement alimentaire seule. Je le fais uniquement en second, quand un psychologue et un psychiatre sont déjà là. La naturopathie a sa place dans ces situations, en appui, jamais en première ligne. Une praticienne qui vous dirait le contraire vous ferait perdre du temps, et parfois plus que du temps.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, parlez-en à votre médecin, qui connaît votre histoire et vos antécédents. Vous pouvez aussi appeler Anorexie Boulimie Info Écoute au 09 69 325 900, un numéro non surtaxé et anonyme, joignable les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 16 h à 18 h. Des spécialistes y répondent, et vous n’avez rien à justifier.

 alternatifSophie Rodriguez, naturopathe spécialisée en santé hormonale féminine
Avant de regarder les chiffres, je regarde la femme. C’est de là que part chaque accompagnement.

Manger trop peu : par où je commence, et dans quel ordre

Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article, ce serait celle-ci : le premier geste n’est pas de compter. Il est de mesurer.

Avant de toucher à votre assiette, je regarde vos chiffres. La ferritine, parce qu’elle est très basse bien plus souvent qu’on ne le croit. La T3 libre, que presque personne ne pense à demander. Le HOMA-IR, parce qu’il décide de ce que votre corps fait du sucre. Et selon les cas, le cortisol salivaire, la prolactine, les œstrogènes et la progestérone.

Une femme qui mange trop peu depuis deux ans n’a pas besoin qu’on lui parle de calories. Elle a besoin qu’on regarde sa ferritine et sa T3 libre.sophie rodriguez, naturopathe spécialisée en santé hormonale féminine

Ensuite seulement vient l’assiette, et jamais par le volume. La densité d’abord, le mouvement ensuite. Le poids vient après, et il vient toujours en dernier, ce qui est frustrant mais logique : il est le dernier à se réparer parce qu’il n’est jamais la cause. Si vous voulez comprendre l’ensemble du tableau, tout cela s’inscrit dans une lecture plus large de la prise de poids inexpliquée, qui se lit d’abord à sa vitesse.

Vous savez maintenant ce qui peut se passer quand une femme mange trop peu. Vous savez ce que je regarde, et dans quel ordre. Ce que vous ne savez toujours pas, c’est lequel de ces mécanismes est le vôtre. Cette réponse-là ne se trouve pas dans un article, parce qu’elle exige de connaître votre bilan, votre cycle, et votre histoire.

Et si on regardait vos chiffres, à vous ?

Cet article éclaire les mécanismes en général. L’accompagnement, c’est le même regard posé sur votre bilan, votre cycle et votre histoire. En complément de votre suivi médical, jamais à sa place.

Découvrir l’accompagnement

Ce qui revient le plus, quand le poids ne bouge plus

Voici les questions qu’on me pose presque à chaque rendez-vous, et auxquelles je réponds ici sans détour.

Le cortisol bloque-t-il ma perte de poids ?

Rarement, et pas par le chemin qu’on lui prête. Chez la grande majorité de celles que je reçois, c’est l’insuline qui pèse, loin devant lui. Le lien entre cortisol et prise de poids passe surtout par le sommeil et l’appétit, jamais par un taux qu’il suffirait de faire baisser

Combien de calories minimum par jour pour une femme ?

Je ne donne pas ce chiffre, et je m’en méfie. Il dépend de votre masse maigre, de votre activité réelle et de votre histoire de restriction, et un nombre posé au hasard fait plus de mal que de bien. La question utile n’est pas combien vous mangez, mais ce que contient votre assiette.

Faut-il faire une pause dans son régime pour relancer le métabolisme ?

Relancer un métabolisme qui n’est pas cassé n’a pas grand sens. Ces pauses font pourtant quelque chose, et c’est déjà beaucoup : elles vous permettent de tenir dans la durée sans épisode de perte de contrôle. Rien de métabolique là-dedans. Une stratégie de survie psychologique, parfaitement légitime.

Je fais du sport et je ne maigris toujours pas. Pourquoi ?

Si votre sport est exclusivement du cardio, vous entretenez votre endurance sans reconstruire de muscle, donc sans rouvrir la porte à l’insuline. Et si vous restreignez en même temps, vous creusez votre disponibilité énergétique, avec les conséquences sur le cycle décrites plus haut. Le renforcement musculaire change la donne bien plus vite que les heures de course.

Références scientifiques

Trois choses méritent d’être distinguées ici. Ce que la science établit : le métabolisme ne ralentit pas avec l’âge, l’adaptation métabolique est modeste, et le muscle est le premier organe qui capte le sucre. Ce qu’elle ne tranche pas : le lien entre une ferritine basse et une T3 basse chez l’humain, où les données restent hétérogènes. Et ce qui relève de mon exigence de praticienne, sans validation dans la littérature : demander une T3 libre et une ferritine à une femme qui restreint depuis des années, alors que rien ne l’impose dans les recommandations.

Le ralentissement du métabolisme

Restriction alimentaire et thyroïde

Fer et hormones thyroïdiennes

Restriction alimentaire et cycle menstruel

Muscle, insuline et captation du sucre

Ce que valent les apports déclarés, et le cortisol