Adeline avait 34 ans, et cela faisait presque trois ans qu’elle essayait. Trois ans à connaître son cycle par cœur, à savoir précisément le jour où l’espoir remontait, puis celui où les règles finissaient par arriver quand même.
« J’ai l’impression que mon corps me bloque. J’ai beau faire des efforts, prendre mes compléments, faire attention à tout, ça ne change rien. » C’est ce qu’elle m’a dit au premier rendez-vous. Et cette phrase, je l’entends presque mot pour mot, plusieurs fois par mois.
Le lien entre endométriose et fertilité est réel, mais il est bien plus subtil qu’on ne le croit. L’endométriose n’empêche pas systématiquement une grossesse : on estime que 30 à 40 % des femmes concernées rencontrent des difficultés à concevoir, ce qui veut dire qu’une majorité y parvient. C’est ce qu’on appelle l’infertilité liée à l’endométriose, même si le mot fait peur : il décrit une difficulté, pas une impossibilité. Le problème n’est donc pas la maladie en soi, mais ce qu’elle modifie, parfois très discrètement, dans le déroulement du cycle et dans l’environnement où tout se joue.
Le cas d’Adeline est éclairant, parce que sur le papier, tout allait bien. Je vais vous raconter ce qu’on a vu ensemble, et ce que ça révèle de votre propre situation si vous vous reconnaissez dans sa phrase. Pas pour remplacer votre suivi médical, mais pour éclairer ce que le bilan, seul, ne raconte pas toujours.
Ce que la lecture globale a révélé chez Adeline
Voici le tournant, et c’est le cœur de ma façon de travailler. Ce qui m’a frappée chez Adeline, ce n’était pas un facteur unique, le gros problème qu’on aurait raté. C’était l’accumulation de signaux faibles qui, mis bout à bout, dessinaient un terrain bien moins favorable qu’il n’y paraissait.
En reprenant tout, j’ai relevé une ferritine à 22 µg/L, jugée « acceptable » sur un bilan standard, mais nettement insuffisante pour une femme en projet de grossesse. Une progestérone à 8,1 ng/mL en deuxième partie de cycle : compatible avec une ovulation, mais qui trahissait une phase lutéale peu robuste. Une CRP ultrasensible à 3,6 mg/L, signe d’une inflammation persistante. Et par-dessus, des douleurs pelviennes chroniques, une fatigue installée depuis des années, un sommeil fragmenté.
« Aucun de ces chiffres, pris seul, n’aurait alerté qui que ce soit. C’est leur addition qui racontait l’histoire : un corps qui fonctionnait à découvert. » Sophie Rodriguez
Autrement dit, son organisme continuait de tourner, mais sans aucune marge d’adaptation. L’ovulation existait, les cycles existaient. Mais le terrain n’avait pas l’allure d’un organisme réellement disponible pour accueillir une grossesse. Et c’est précisément cette nuance, entre « ça fonctionne » et « c’est disponible », qu’aucun examen isolé ne capture.
Ce que l’endométriose perturbe vraiment dans la fertilité
Faisons une pause sur le mécanisme, parce que comprendre ce que l’endométriose dérègle aide à voir où agir. Là encore, ce n’est presque jamais un seul blocage, mais plusieurs décalages qui se cumulent.
D’abord, l’environnement inflammatoire. L’endométriose s’accompagne souvent d’une inflammation pelvienne plus marquée, qu’on ne ressent pas forcément, mais qui modifie le milieu autour de l’ovocyte, des trompes et de l’utérus. Dans ce contexte, certaines étapes deviennent moins efficaces, sans blocage visible.
Ensuite, la rencontre entre l’ovocyte et le spermatozoïde. Des adhérences, une mobilité réduite des trompes, ou simplement un environnement moins favorable peuvent faire que cette rencontre ne se fasse pas au bon moment.
Puis, la qualité ovocytaire. On parle beaucoup d’ovulation, plus rarement de la qualité de l’ovocyte libéré. Or un ovocyte peut être émis sans être optimal, et c’est souvent un levier négligé quand les cycles semblent en place. C’est d’ailleurs tout l’objet de mon article sur les signes d’une ovulation de mauvaise qualité.
Enfin, l’implantation. Même après une fécondation, l’embryon doit s’implanter dans un endomètre réceptif, au bon moment. Une dominance œstrogénique avec une progestérone basse, ou parfois une endométrite chronique, peut compromettre cette étape pourtant décisive. On retrouve d’ailleurs des mécanismes très proches dans l’adénomyose et son retentissement sur la fertilité, une maladie sœur de l’endométriose.
Chez Adeline, plusieurs de ces lignes étaient cochées en même temps, à bas bruit. C’est leur addition qui freinait, pas une case unique.
Comment favoriser une grossesse avec une endométriose
Avec une endométriose, on agit moins sur la maladie que sur le terrain qui entoure la conception :
- Réduire l’inflammation pelvienne de fond.
- Soutenir la qualité ovocytaire et l’ovulation.
- Renforcer la phase lutéale et la réceptivité de l’endomètre.
- Reconstituer les réserves (fer, vitamine D) avant la conception.
Vous vous reconnaissez dans le parcours d’Adeline ? Un premier point structuré peut aider à voir où ça se joue vraiment, au-delà des examens rassurants.
Accéder au bilan de fertilité personnaliséPourquoi tout semblait normal : la lecture qui change le regard
Revenons une seconde sur ce paradoxe, parce qu’il est au centre de tout. Comment peut-on avoir des examens corrects et ne pas concevoir ?
Parce que les bilans classiques sont conçus pour repérer des anomalies franches, pas des terrains « limites ». Une ferritine à 22, une phase lutéale courte (progestérone à 8), une CRP à 3,6 : prises une à une, ces valeurs passent sous le radar, parce qu’aucune ne franchit le seuil d’alerte. Mais la fertilité ne se joue pas sur un seuil isolé, elle se joue sur une cohérence d’ensemble.
C’est pour ça qu’on parle parfois d’« infertilité inexpliquée », alors que, dans bien des cas, des déséquilibres sont présents, simplement non reliés entre eux. Ma façon de lire, justement, c’est de relier : prendre l’AMH, la phase lutéale, l’inflammation, les réserves, le sommeil, et regarder ce qu’ils racontent ensemble plutôt qu’isolément. C’est cette grille, appliquée au dossier d’Adeline, qui a fait apparaître une logique là où les examens ne voyaient « rien ».
Ce que j’ai travaillé avec Adeline, et dans quel ordre
Voici ce que nous avons fait, et l’ordre compte autant que les actions, parce que c’est lui qui distingue une stratégie d’une accumulation de bonnes idées.
Je n’ai pas commencé par « favoriser l’implantation », comme on pourrait s’y attendre. J’ai d’abord travaillé ce qui limitait les capacités d’adaptation de son corps.
D’abord, réduire la charge inflammatoire, pour apaiser les douleurs, la congestion pelvienne et les déséquilibres hormonaux qu’elle entretenait. Ensuite, reconstituer ses réserves, sa ferritine étant trop basse pour soutenir sereinement une grossesse : correction du terrain martial et optimisation de l’absorption. Sur ce point précis, je détaille pourquoi recharger ne suffit pas tant que la perte continue dans mon article sur la carence en fer et les règles abondantes. Puis, consolider la phase lutéale, car une ovulation présente ne garantit pas une seconde moitié de cycle solide ; on a soutenu la stabilité hormonale post-ovulatoire. Enfin, restaurer ses capacités de récupération : le sommeil, la fatigue chronique et le stress, parce qu’un organisme épuisé reste en mode « survie » plutôt qu’en mode « construction ».
« Un corps en mode survie ne se lance pas dans une grossesse. Mon travail, ce n’est pas de forcer la fertilité, c’est de rendre le terrain à nouveau disponible. » Sophie Rodriguez

Où en était Adeline après six mois
Après six mois d’accompagnement, son terrain avait changé de visage. Sa ferritine était remontée à 58 µg/L, sa CRP ultrasensible descendue à 1,2, sa progestérone lutéale remontée à 13,4 ng/mL. Ses douleurs pelviennes étaient devenues moins envahissantes, son énergie plus stable sur l’ensemble du cycle, son sommeil plus récupérateur.
Adeline est finalement tombée enceinte quelques mois plus tard, dans le cadre de son parcours de fertilité. Et là, je veux être totalement honnête avec vous, parce que c’est important : je ne peux pas attribuer cette grossesse à mon accompagnement. Trop de facteurs entrent en jeu, et je ne suis la dernière chance de personne.
Ce que je peux dire, en revanche, c’est qu’au moment où c’est arrivé, son corps n’était plus celui d’un organisme épuisé qui fonctionnait à découvert.
Et c’est tout le paradoxe : on lui cherchait une anomalie, alors qu’il n’y en avait pas une seule. Il y avait une somme de « presque normal » qui, mis bout à bout, faisait un terrain pas tout à fait prêt. Personne ne traite un « presque », et c’est exactement pour ça que personne ne l’avait aidée.

Quand consulter, et comment ne pas rester seule
Un mot important sur le cadre médical, parce que mon travail s’inscrit toujours en complément, jamais à sa place. C’est là que l’endométriose et la naturopathie se rejoignent : pas pour traiter la maladie, mais pour soutenir le terrain autour.
Si vous avez une endométriose et que les essais se prolongent, ou si vous ressentez des douleurs importantes ou inhabituelles, n’attendez pas dans le flou. Un échange avec votre gynécologue, votre sage-femme ou votre médecin traitant permet de poser un cadre, de vérifier ce qui doit l’être et d’orienter si nécessaire. Les recommandations récentes de la Haute Autorité de Santé rappellent d’ailleurs que l’imagerie, même bien réalisée, ne visualise pas toujours toutes les lésions et n’explique pas à elle seule les difficultés rencontrées.
Le temps n’a pas non plus le même poids selon l’âge : avant 30 ans, plusieurs mois d’essais restent dans la normale, mais après 35 ans, les marges sont plus étroites, et il devient pertinent de ne pas laisser une situation s’installer sans la regarder de plus près. J’explique cette nuance dans mon article sur la fertilité après 40 ans.
« Quand les mois passent sans résultat, l’enjeu n’est pas de faire plus. C’est de regarder plus juste, en reliant ce qui a été lu pièce par pièce. » Sophie Rodriguez, naturopathe spécialisée en fertilité féminine
Si vous avez l’impression de tourner en rond, d’avoir tout essayé sans comprendre ce qui bloque, c’est souvent le signe qu’il est temps de changer de lecture plutôt que d’ajouter une tentative de plus.
C’est ce que je propose dans Fertilinat : un accompagnement structuré pour relier vos signaux, hiérarchiser ce qui peut être travaillé, et redonner à votre terrain les conditions d’une grossesse, en parallèle de votre suivi médical.
Pour voir si un accompagnement est pertinent dans votre situation, je vous propose un premier échange téléphonique, sans engagement.
Réserver un premier échangeTomber enceinte avec une endométriose : les questions qui reviennent
Voici les questions qui reviennent le plus souvent, avec des réponses directes.
Peut-on tomber enceinte naturellement avec une endométriose ?
Oui, c’est possible, et beaucoup de femmes y parviennent. Cela dépend de la localisation des lésions, de la qualité ovocytaire, de l’état inflammatoire et de l’âge. Ce n’est donc ni impossible, ni automatique : tout se joue dans la façon dont la maladie s’exprime chez vous.
Pourquoi l’endométriose rend-elle parfois infertile ?
Elle ne bloque pas systématiquement la fertilité, mais elle peut perturber plusieurs étapes : modifier l’environnement pelvien, gêner la rencontre entre ovocyte et spermatozoïdes, ou compliquer l’implantation. Souvent, c’est l’addition de ces effets discrets qui freine, plus qu’un blocage unique.
Combien de temps faut-il pour concevoir avec une endométriose ?
Il n’y a pas de délai « normal » unique : certaines conçoivent vite, d’autres mettent plus de temps, même avec des cycles réguliers. Si les essais se prolongent, surtout après 35 ans, mieux vaut chercher à comprendre ce qui ralentit plutôt que de rester dans l’attente.
Une endométriose profonde réduit-elle plus les chances ?
Une forme profonde peut entraîner davantage d’adhérences et d’inflammation, donc plus de retentissement potentiel. Mais la sévérité visible à l’imagerie ne prédit pas toujours la fertilité : des formes discrètes gênent parfois beaucoup, et l’inverse existe aussi.
Pourquoi je ne tombe pas enceinte alors que mon endométriose est dite légère ?
La sévérité visible de l’endométriose ne prédit pas son impact sur la fertilité. Une forme dite légère à l’imagerie peut s’accompagner d’une inflammation pelvienne, d’une phase lutéale fragile ou d’une qualité ovocytaire diminuée qui, ensemble, suffisent à freiner la conception. À l’inverse, certaines formes plus étendues gênent peu. Ce n’est donc pas le stade qui compte le plus, mais ce que la maladie modifie concrètement dans votre cycle, et c’est précisément ce qu’une lecture globale du terrain cherche à identifier.
Endométriose, fertilité et terrain : ce que disent les recommandations
Voici les références qui fondent ma lecture. Une précision honnête d’abord : la recherche établit clairement le lien entre endométriose et fertilité, mais elle ne tranche pas sur l’efficacité isolée des approches de terrain, encore peu étudiées en tant que telles.
Cadre médical et recommandations
- Haute Autorité de Santé, Prise en charge de l’endométriose. Le cadre français de référence sur le diagnostic et la prise en charge.
- Haute Autorité de Santé, 2025, Place de l’imagerie dans le diagnostic de l’endométriose. Sur les limites de l’imagerie dans le diagnostic.
Mécanismes et fertilité
- Inserm, Dossier Endométriose. Mécanismes, épidémiologie et retentissement, en français.
- NHS, Endometriosis. Une synthèse claire et fiable, dont la section fertilité.
2 JUIL 2026 | 
